Le bien vieillir à domicile – Dépendance et picaillons

Bien vieillir à domicile a un coût.

Un coût qui a augmenté de 6,83% en une année, pour une inflation générale de 6,2% chiffre INSEE.

On entend par coût tout ce qui ne sont pas des charges courantes : loyer, électricité etc.

Transports, service à la personne, équipements pour l’aménagement du domicile, mutuelles ( +5% depuis la période COVID).

Divisés en tranches d’âges il faut en 2022 :
65-75 ans : 646€/ mois soit une augmentation depuis 2021 de 10,83%
75-85 ans : 827€/ mois soit une augmentation depuis 2021 de 10,50%
+85 ans : 2020€ / mois soit 4% d’augmentation

Ces augmentations concernent dans les grandes lignes :
Mutuelles, matériel médical de confort (cannes, fauteuils table adaptable etc.) protections d’incontinence, aides à domicile, livraisons des repas, besoins nutritionnels personnalisés, téléphone et communications, transports, accès aux soins, dépassements d’honoraires.
A partir de 75-85 ans le premier poste de dépenses est l’accès aux soins.

 

Aides de l’Etat, Conseil Général, la dépendance est la cinquième branche de l’Assurance Maladie.

A ce titre, au travers de l’exercice des praticiens infirmiers, l’Assurance Maladie a modifié depuis deux ans les possibilités de rémunération de ces derniers.
Sous formes d’algorithmes qui déterminent le niveau de dépendance : hygiène, élimination, mobilité…!

Les praticiens infirmiers disposent d’un forfait maximum de 28,70€ brut par jour, auquel peuvent se rajouter 4 déplacements supplémentaires d’un montant de 2,54€ brut.

En une année, là où l’on constate une augmentation de plus de 10% sur tous les axes, les praticiens infirmiers ont perdu 1,3% par forfaitisation sur l’acte.
Compensée par des actes externalisés, compliquant encore plus la facturation des honoraires, cette aumône ne valorise nullement le rôle propre infirmier.

En comparaison : votre garagiste verra les pièces de votre moteur augmenter de 10% et sa main d’œuvre baisser parce que non plus calculée sur un taux horaire mais sur un forfait.
Aurions nous encore des garagistes?

Le bien vieillir à domicile : c’est palier à une augmentation de tous les services annexes et affronter le désintérêt des praticiens infirmiers pour des soins chronophages et sous-payés.

Mais l’Etat est favorable à des aides pour aménager les salles de bains !

Les praticiens infirmiers ont depuis longtemps su s’adapter aux bassines faute de salle de bain inutilisable en étage, ou trop étroite pour le passage d’un fauteuil roulant, cela n’a en aucune manière affecté la qualité de maintenir propre un patient grabataire et dépendant.

Le bien vieillir à domicile quand une personne âgée est dépendante c’est d’abord permettre aux professionnels para médicaux ou sociaux d’être rémunérés correctement. Et en priorité reconnaître l’importance de ces acteurs qui maintiennent la dignité et l’intégrité d’une personne.
La vieillesse et son lot de polypathologies est le seul état ou une personne doit payer pour qu’on s’occupe d’elle. Ou devenir une charge pour ses enfants, sa famille.

Hypocrites !
Le bien vieillir à domicile n’existe pas.

Il existerait si nous avions une vraie réflexion sur le sujet et l’approche de réponses:
Qu’est-ce que « bien » vieillir à domicile ? Existe-t-il un seul sondage national, sur la conception de chacun du bien vieillir à domicile ? Non.
Quelle définition au mot : dépendance ? Nous pouvons être une personne handicapée physiquement, très indépendante
Quel ratio de personnel aidant professionnel ou naturel pour permettre le  » bien vieillir  » ?
Quelle réflexion sur l’isolement ?
Les difficultés du tout internet : banque, téléphone, alarmes, poster un courrier, joindre sa mutuelle, Doctolib et son médecin, la télé consultation ?????

Parce qu’un praticien infirmier va assurer les soins d’hygiène, ouvrir et fermer les contrevents, assurer les soins courants infirmiers, faire le lit, jeter la poubelle  gérer la coordination avec les autres acteurs , surveiller et compenser , nourrir le chat, éviter les risques, étendre le linge,  se battre avec un répondeur de banque entre deux sonates de Bach : tapez 1 tapez 2 parce que le prélèvement tél n’est pas passé et que son patient du coup n’a plus de téléphone et plus d’alarme en cas de chute . Ou protester parce que l’auxiliaire de vie est en absence maladie et …pas remplacée faute de personnel. Comme si son travail n’était pas une priorité vitale.

Parce que le fraudeur, celui qui s’enrichit en lésant l’Assurance Maladie, travaille dans l’humain et qu’il sait bien, même en râlant parce que ce n’est pas son rôle de soignant, que s’il ne fait ces petits gestes quotidiens, personne ne le fera à sa place.

 

Hypocrites !
Le bien vieillir à domicile n’existe pas.

 

Qui fraude en vérité ? Qui est fraudé ?
J’ai bien une réponse : l’assuré et ses cotisations !
L’assuré, âgé, dépendant qui doit faire face à des augmentations annuelles pour les choses indispensables à sa vie quotidienne et qui perd les seuls acteurs qui lui assurent propreté, décence et empathie.
Acteurs qui lui sont financés au compte-goutte en fonction de la richesse de la région où il réside.
Soignants à qui l’on impose des forfaits assortis du doux mot de revoyure, car pouvant être encore revus à la baisse.

Parlerons nous du « bien mourir à domicile » –  Décès et picaillons ?

Celui où il serait accordé aux praticiens infirmiers le droit de remplir un certificat de décès : une priorité ! parce que la mort est un soin !

Michelle Drouin